« Vent de colère », « Vent des maires », « Le vent tourne », « Le vent tombe », « Le vent de la discorde », « Le vent de fronde », « C’est du vent », « Vents contraires », « Vent debout », « Le souffle court »… Ou encore « Le vent du futur », « Le vent en poupe », « Les vent favorables », « Les moulins de mon cœur »… Le débat éolien, peut-être plus renouvelable que l’énergie du même nom, a la métaphore facile et la file à l’envi.

Mais que montre la radiographie du sujet aujourd’hui, disons novembre 2021, en France ? On constate que l’éolien a ses défenseurs et ses opposants, et que l’état se range plutôt parmi les premiers – ainsi, évidemment, que les industriels qui surfent sur les incitations politiques et se gavent d’aides financières surréalistes. Mais au-delà, rien n’est clair. Ces machines sont-elles efficaces ? Ont-elles un bilan carbone acceptable – en fabrication, en exploitation et en recyclage ? Produisent-elles une énergie rentable ou forcément subventionnée ? Sont-elles néfastes pour l’environnement naturel et humain ? Valent-elles qu’on en affuble le paysage ? Les terres agricoles ? Le littoral ?

La position d’Amilure est claire sur tout ça : au-delà des considérations de défense de la nature contre les EnR industrielles, qui englobent le photovoltaïque, l’éolien pose de vrais problèmes intrinsèques. Mais dans le public les avis sont partagés, et les faits vérifiables peu accessibles. Certains trouvent les éoliennes belles, d’autres affreuses, d’autres encore considèrent que ce n’est pas la question. Ce qu’on pourrait appeler la panique énergétique fait s’indigner les tenants du renouvelable à tout prix, mais les défenseurs de l’environnement demandent des comptes. La planète et la nature, qui n’avaient pourtant rien demandé, se retrouvent face à face dans le ring qu’on leur a construit. En conséquence, l’échange improductif d’arguments contraires est constant, les chiffres volent bas et les invectives affleurent. Où cela nous mène-t-il ? 

Après quelques années de statu quo, il nous semble discerner un basculement progressif du côté de l’opprobre, du rejet, et de la résistance – dont nous sommes, il va sans dire. Cela se sent notamment au discours des responsables nationaux qui évolue sensiblement de l’intransigeance absolue à des positions plus nuancées, où le mot « réserves » apparaît parfois désormais. Cette souplesse est peut-être due au contexte préélectoral actuel, dans lequel celui (ou celle) qui parle sait que sa parole ne l’engage à rien. Mais peut-être est-ce aussi un peu plus compliqué.

« Remplacer le pétrole par le vent ou le soleil ? Mais pourquoi y aurait-il même débat ? Vous n’avez pas compris ? Pétrole = CO2 = dérèglement climatique = crash planétaire majeur et, ne vous trompez pas, nous y sommes : ce n’est plus une hypothèse. Oui, on pourrait consommer moins, on le devrait d’ailleurs, mais on ne va pas continuer à balancer dans l’atmosphère des gaz qui transforment la Terre en serre planétaire. »

C’est ainsi que s’enclenche le raisonnement du particulier confronté à la question : « Il faut le faire, alors allons-y, tant pis pour les désagréments ». Ceux qui, dans les campagnes, devront vivre quotidiennement avec ces encombrants moulins de l’ère moderne en prennent leur parti. Les écolos des villes ne voient pas le problème – on ne peut pas trop leur en vouloir mais c’est quand même de là que se construisent les convictions du pouvoir.

Ensuite, face à la gêne, aux accidents et aux nuisances, les riverains s’interrogent et creusent le sujet. On aurait envie de dire que ceux qui ont pris la peine de faire la recherche (sur la valeur réelle des éoliennes industrielles en matière de transition énergétique) en sont tous sortis avec un résolution d’opposition – ce qui est peut-être faux, et peut-être pas.

Evidemment, les citadins-sauveurs-de-la-planète n’ont pas le même parcours puisqu’ils ne voient que de belles photos d’éoliennes graciles sur fond d’azur, qu’ils lisent des chiffres de production en térawatts et d’émissions évitées en gigatonnes, et que tout cela leur semble naturellement bel et bon – enfin, c’est une réduction : il s’en trouve aussi pour aller voir au-delà de leur métropole, mais ce phénomène localisé est bien réel.

Que vous dira Amilure aujourd’hui pour éclairer tout ça ? Que c’est à vous de vous faire une opinion, mais que pour ça il faudra peut-être vous aventurer au-delà de vos journaux, Facebook et Twitter habituels. Pour vous y aider, nous vous proposons quelques échos, quelques synthèses du sujet. Notre sélection est partiale : toutes ces analyses sont à charge, mais elles n’en sont pas moins crédibles. C’est le réquisitoire. Pour le plaidoyer, vous trouverez foison de démonstrations optimistes et vendeuses chez les opérateurs, le ministère et ses porte paroles : les préfets.

Eoliennes : du rêve aux réalités

L’une des pièces les plus marquantes est ce documentaire, réalisé par Charles Thimon, qui reste quand même nuancé. C’est une vidéo de près de deux heures mais elle donne une perspective réaliste des vrais  enjeux, y compris historiques (ce qui permet de comprendre comment on en est arrivé là), et de la subordination des décisions politiques à des considérations sans pertinence énergétique.

Cliquer en bas à droite pour l’affichage plein écran :

L’un des messages importants, ici, est que, même si les éoliennes étaient complètement blanchies des maux dont on les accuse, le coût de leur exploitation (pour l’état) reste énorme et leur impact sur le mix énergétique peu significatif – ce qui est aussi applicable au photovoltaïque industriel, pour une exploitation moins risquée mais avec tous les défauts de l’intermittence. Pourtant, l’écologie sans économie ça ne marche pas – la bonne écologie est économique dans la durée, on la dit d’ailleurs durable. Les marges que dégagent ici les industriels sont indécentes mais c’est un autre problème.

L’effritement de l’opinion

L’opinion n’est pas la raison, mais son évolution constitue en soi une information qui rend compte des tendances, et potentiellement d’une prise de conscience. Différents sondages s’en font l’écho.

Le Figaro constate une baisse significative des opinions favorables des éoliennes, au profit de l’image du nucléaire, et tente de superposer la carte des orientations politiques sur ces tendances.

L’IFOP fait un travail plus fin qui montre une désolidarisation claire de la cause éolienne :

Allemagne : quelques moulinets d’avance

En Allemagne, suite à la décision d’abandonner le nucléaire, l’offensive éolienne a été plus massive. En conclusion : plus d’éoliennes, plus de problèmes, et plus de mécontentement…

Le tour de la question

Le Ravi, journal satirique, a récemment publié un dossier de cinq articles pour mettre en lumière les différents aspects du déploiement éolien.

L’accès à ces articles demande cependant d’être abonné – il suffit a priori de prendre un abonnement à 1 € pour le 1er mois, puis de le résilier selon son bon vouloir.

Le cas de l’offshore

Les éoliennes en mer posent des problèmes différents mais ce n’est pas vraiment plus simple. Le journal Libération explique pourquoi dans cet article.

Rassurance de l’Etat

Dans une volonté d’apaisement, après les charges à l’emporte-pièce du ministère de la transition écologique, l’Etat tente de faire bonne figure en édictant les bonnes pratiques d’un développement éolien respectueux de l’environnement et du patrimoine.

Pas sûr que cet affichage de bonnes intentions ait un impact quelconque sur les implantations, pas plus que sur l’opinion.

Documentation

Enfin, on consultera utilement la riche documentation compilée par l’association « Vent des maires » sur le sujet.

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* « Vive le vent ! » : version française de la chanson de Noël américaine « Jingle Bells », que l’on doit paraît-il à Francis Blanche.
Vive le vent ! *

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