Manifeste de l’association « Les Amis de la Montagne de Lure »

Préambule

L’association « Les Amis de la Montagne de Lure » (Amilure) a vu le jour en 2017. Elle a été constituée par des habitants des alentours de la montagne de Lure, en Haute Provence, pour dans un premier temps faire face à la menace d’un projet d’installation de nombreuses et monumentales éoliennes industrielles qui auraient dénaturé cet environnement préservé.

Après avoir gagné ce combat, elle a élargi son périmètre d’activités et renforcé sa légitimité avec ses centaines de membres et de soutiens.

Aujourd’hui, confrontée à l’émergence simultanée de nombreux projets industriels d’énergie photovoltaïque et éolienne sur des sites naturels, en même temps qu’à la volonté politique de l’état et de la région d’accélérer cette industrialisation du patrimoine, AMILURE doit définir sa position, la communiquer et la défendre. Ses objectifs sont ceux de la préservation de la nature et du paysage, mais ces projets convoquent aussi les enjeux de la protection des espèces menacées et des impacts humains de tous ordres.

Dans cette perspective, l’association a souhaité proposer une formulation claire, exhaustive, résumant ses valeurs, ses repères et ses objectifs.

C’est son manifeste.

Redortiers-Le Contadour, juin 2020

En maintenant la beauté, nous préparons ce jour de renaissance où la civilisation mettra au centre de sa réflexion, loin des principes formels et des valeurs dégradées de l’histoire, cette vertu vivante qui fonde la commune dignité du monde et de l’homme, et que nous avons maintenant à définir en face d’un monde qui l’insulte.

– Albert Camus

Lure, c’est la montagne aux mille visages, aux mille richesses

– Pierre Martel

Pourquoi un Manifeste de « Les Amis de la Montagne de Lure » ?

Pour :

  • refuser la destruction de notre richesse, de notre identité commune
  • défendre pour tous le besoin fondamental de beauté et de nature
  • définir nos orientations, nos engagements
  • affirmer notre constante mobilisation

Devant l’urgence de protéger et défendre la beauté d’un bien commun emblématique de notre territoire et de l’Europe toute entière, l’association « Les Amis de la Montagne de Lure » (Amilure) a été créée il y a trois ans avec les missions claires et précises inscrites en tête de ses statuts de protéger la montagne de Lure et le plateau d’Albion, ses paysages, sa faune, sa flore, son patrimoine architectural, culturel et historique qui font partie du patrimoine commun conformément à la Convention européenne du paysage.

Après trois années d’actions multiples, et l’appui de centaines de membres et soutiens au travers de conférences, de publications, d’informations et d’échanges nombreux sur les ré- seaux sociaux, de concertation avec les autorités publiques, de coopération avec les associations de défense de l’environnement et d’actions judiciaires notamment à l’encontre des projets d’occupation ou d’aménagement du sol (constructions industrielles et autres) portant atteinte à la montagne de Lure et au plateau d’Albion, nous avons à la fois gagné en légitimité et renforcé nos convictions et notre mobilisation. Désormais association reconnue d’intérêt général, nous sommes en mesure de faire bénéficier nos membres de nombreuses informations, de soutien et appui local mais aussi de réductions fiscales pour les dons nous permettant de mener nos actions.

Dans le même temps, dans le contexte actuel qui voit se développer de multiples et néfastes projets sur notre territoire, menaces réelles et inacceptables pour notre nature et notre environnement, il est plus que jamais essentiel de préciser et réaffirmer notre stratégie et nos engagements pour les trois prochaines années.

La prise de conscience renforcée par le fait que le paysage de notre territoire est aussi façonné par des hommes et des femmes qui y travaillent dans des activités agricoles et pastorales, nous invite à adopter une approche attentive et pugnace pour respecter les équilibres fragiles qui organisent notre espace collectif.

Mais quand on abat des arbres « très vivants », qu’on détruit la biodiversité et les paysages par des projets industriels de tous ordres, qu’on veut interdire de se promener sur le massif (alors qu’il suffirait de réguler), que l’on s’oppose aux hommes qui respectent l’environnement mais aussi à tous les habitants, acteurs économiques responsables, touristes respectueux et amoureux de notre cadre de vie source de multiples richesses, nous nous devons tous de réagir avec fermeté et constance.

Les clés du Manifeste de « Les Amis de la Montagne de Lure »

  1. La défense du bien commun que constitue la montagne de Lure et le plateau d’Albion
  2. Les valeurs, les convictions, la diversité et les expertises collectives de l’association
  3. L’exigence du vivre mieux ensemble et le désir de faire grandir notre émerveillement pour la montagne de Lure et le plateau d’Albion

1. La montagne de Lure : un bien commun à protéger, défendre et sauvegarder

Qu’est-ce qu’un bien commun ? Pourquoi est-ce au cœur de notre combat ?

Si on se réfère à Elinor Ostrom (Prix Nobel d’économie) ou Robert Costanza (un des fondateurs de l’économie écologique) l’action délétère de l’homme sur la nature et sur ses ressources exige de radicales et rapides mesures de sauvegarde. Le capital naturel, les paysages, les ressources notamment forestières, les capacités de la Terre à absorber le carbone etc. doivent être considérés comme des biens communs et gérés comme des ressources partagées, administrées et maintenues collectivement par la communauté dans le souci des droits de la population et des générations futures.

Ainsi, un bien commun est défini comme relevant d’une appropriation, d’un usage et d’une exploitation collectifs. Au regard de ses paysages, sa faune, sa flore, son patrimoine architectural, culturel et historique composant le patrimoine commun conformément à la Convention européenne du paysage, la montagne de Lure est un bien commun que nous devons collectivement défendre et sauvegarder.

Notre biodiversité et nos paysages sont attaqués par ces promoteurs qui n’hésitent pas à défricher fortement notre patrimoine forestier. C’est pour cela que notre association s’oppose fermement à tout projet industriel photovoltaïque ne répondant pas précisément dans l’esprit et la lettre aux recommandations du guide d’installation émis par les services de l’État (la DDT 04). Notre association s’oppose fermement à toute installation d’éoliennes industrielles sur notre territoire.

Dans ces deux cas le bilan est désastreux. Désastreux et insensé. Que ce soit sur le plan environnemental et de destruction irrémédiable du paysage et du bien commun. Mais aussi sur le plan d’un bilan carbone catastrophique global montrant l’hypocrisie et la tartufferie des opérateurs d’énergies renouvelables comme le photovoltaïque ou l’éolien industriels. Bilan carbone catastrophique clairement démontré par de nombreuses instances.

2. Les valeurs, les convictions, la diversité et les expertises collectives d’Amilure

Rappelons d’abord que l’association « Les Amis de la Montagne de Lure » est indépendante et transparente. Elle vit du bénévolat, des cotisations individuelles et dons de ses membres et ne reçoit ni subvention ni support d’aucune institution, entreprise ou représentation politique ou de média.

Rappelons aussi qu’avec ses centaines de membres et ses réseaux actifs regroupés autour de la défense de la montagne de Lure, notre association, laïque et apolitique, regroupe une diversité d’opinions, d’expertises et d’intelligences qui fonde à la fois sa richesse, sa force et oblige à un grand degré de rigueur, d’exigence, d’ouverture et d’écoute.

Les portraits des membres du Conseil d’Administration sont disponibles sur le site de l’association ; ils reflètent à la fois la diversité, la capacité d’écoute et l’absence de dogmatisme de nos démarches et s’inscrivent totalement et historiquement dans le territoire.

Pour apprendre et réapprendre à s’émerveiller, la montagne de Lure doit rester préservée et inspirante comme lieu de vie et d’activités agricoles, pastorales et touristiques raisonnables. Les valeurs et l’éthique portées par l’association sont alignées sur son combat et ses missions.

Transparence, diversité, écoute, rigueur, solidarité, laïcité, neutralité politique, espérance, réalisme, pugnacité, exigence, sens du collectif et du dialogue, humilité, ferveur, pragmatisme, réalisme, responsabilité : autant de mots construisant le socle et le moteur avec lesquels l’association peut se développer et convaincre. Parce qu’ils doivent être exemplaires, les membres de la gouvernance de l’association se sont engagés à incarner ces valeurs pour montrer que ce ne sont pas que des mots.

Notre association reste vigilante pour s’opposer à toutes initiatives prises au titre de la transition énergétique qui seraient incompatibles avec son objet et ses missions. Transition énergétique complexe, souvent dogmatique, soumise aux lobbies et fourmillant d’informations contradictoire voire fausses.

Elle invite chacun à dépasser les modes de fonctionnement, processus, habitudes et dogmatismes hérités du passé. Par conviction, nous sommes attachés à toute initiative favorisant une société décarbonée et sobre en énergie.

Dans ce contexte, notre mission, notre combat mais aussi notre expertise ne se placent pas sur le terrain de la transition énergétique mais sur celui lié aux multiples et désastreux impacts de la production électrique par l’éolien et le photovoltaïque industriels.

Néanmoins, nous soutenons l’isolation de l’habitat, l’optimisation des transports et privilégions les initiatives de production locales d’énergie électrique comme par exemple les réalisations des Centrales villageoises Lure-Albion.

3. L’exigence du vivre mieux ensemble, et l’envie de se laisser émerveiller par la montagne de Lure et le plateau d’Albion avec la volonté de les protéger

Nous nous dressons contre les projets industriels éoliens et photovoltaïques et les projets nuisibles de déforestation. Toutes atteintes détruisant l’environnement, la faune, la flore et la biodiversité de la montagne de Lure et du plateau d’Albion sont inacceptables
Ce sont les menaces des opérateurs de projets industriels qui aujourd’hui nous mobilisent.

Nous nous adressons à tous les habitants de toutes les communes voisines de la montagne de Lure et du plateau d’Albion pour leur proposer de nous soutenir voire nous rejoindre. Exigeante ambition qui nous impose une pédagogie constante sur un sujet complexe où les fausses informations le disputent à l’hostilité de nombreux acteurs ne voyant que leur intérêt à très court terme. 

Pour avancer, quelles propositions avons-nous ?

D’abord il faut s’assurer de mieux vivre ensemble. Cela impose notamment que les opportunités et la logique de financement proposées par les opérateurs de projets n’introduisent pas de zizanie entre les habitants et entre les communes.  Par un effet d’aubaine, tel propriétaire ou telle commune bénéficie d’une rente qui est clairement perçue comme inique en ne respectant pas un légitime principe d’équité. Une péréquation des revenus est donc au minimum nécessaire au-delà même des EPIC pour la mettre à l’échelle départementale et en faire bénéficier tous les habitants.

La transparence des informations et l’accès aux différents dossiers à l’instruction sont indispensables pour permettre à tous et chacun de connaître et comprendre les enjeux. Par exemple, les signatures en tapinois par les opérateurs des baux auprès des propriétaires et des communes est une pratique inacceptable et incompréhensible pour les habitants.

De même, refuser l’accès aux documents rendant compte des délibérations et échanges du guichet unique du département détruit la confiance : base du dialogue et de l’efficacité collective. Le préfet voit ses prérogatives augmenter ; la légitimité des enquêtes publiques est bafouée. Ce même préfet peut passer outre et ignorer un avis négatif de l’enquête publique…

Nous devons dénoncer le mépris des richesses matérielles et immatérielles qui vont être détruites par des opérateurs manquant de sincérité.  Leurs études d’impact sont lacunaires et biaisées (faune, flore, arbres, zones humides…). Ces promoteurs s’engouffrent dans la brèche ouverte par les objectifs extravagants du SRADDET et de la PPE.

L’acceptabilité et la mobilisation citoyenne autour d’une transition énergétique et écologique maîtrisée imposent aussi le respect du bien commun que sont les espaces naturels et les paysages uniques du département. Ceux-ci contribuent de manière considérable à la création de valeur, aux emplois et au PIB de notre territoire. La multiplication opportuniste et anarchique de grandes installations industrielles photovoltaïques et des projets industriels éoliens ne sont ni acceptables ni acceptés par les habitants qui vivent ou travaillent au pays, ni par les visiteurs du pays de Giono.

Compte-tenu des différentes spécificités de notre département :

  • Densité et types d’habitats,
  • Exemplarité actuelle en matière de bilan des énergies renouvelables,
  • Surfaces agricoles et forestières disponibles et susceptibles de recevoir des installations nouvelles d’installations industrielles d’énergie renouvelable, très limitées,
  • Part du tourisme dans le PIB du 04,
  • Importante population d’habitants en précarité énergétique, la priorité doit être donnée au renforcement des dispositifs d’économie d’énergie électrique pour tous comme isolation, chaudières plus performantes. La pédagogie s’impose.

Ainsi, la surfacturation éhontée des coûts liés aux engagements tarifaires contractés par l’État (donc payés par tous les citoyens via leur facture d’électricité) pour acheter la production aux opérateurs éoliens et photovoltaïques représente un budget significatif qui pourrait être alloué à un redéploiement des appuis aux économies d’énergie.

Consommer moins et produire mieux est l’équation clé ; c’est le moment d’agir dans ce sens en étant ambitieux.

Le dialogue ouvert, la concertation, les échanges, les informations vérifiées et validées sont au cœur d’une mobilisation positive de tous. Cela passe par de la sensibilisation, de la formation et une réflexion quant aux approches et aux choix à privilégier sur une affaire complexe.

Pour être efficace, authentique et opérationnel, il convient de se placer dans un cadre démocratique où les parties prenantes partagent les informations et les points de vue. Au regard de l’habituelle rétention d’informations de la part des services de l’État et de la posture souvent autocratique et condescendante de différentes parties prenantes (certains élus, institutions et opérateurs), convenons que les difficultés sont immenses au regard de nos attentes. Ces prochains mois nous lancerons une réflexion approfondie sur l’appropriation par tous de la beauté de la montagne de Lure pour la défendre si elle est menacée, sur la nécessaire contrepartie d’un tourisme responsable, sur les limites de circulation.

Occasion de mener des actions dans trois axes : communication, sensibilisation et juridiques.

En guise de conclusion: contribuer à sauver la beauté du monde.

De la montagne Sainte Victoire menacée par les éoliennes aux magnifiques paysages et biotopes de la Somme détruits par des réalisations multiples, en passant par des espaces pyrénéens mités par des hectares de panneaux photovoltaïques ou par les forêts détruites pour nourrir sans cesse les fours avides d’une biomasse incontrôlée, reconnaissons que partout la beauté du monde est en sérieux danger. Cette beauté inspire les récits, les liens sociaux et la prise de conscience de ce qui est essentiel.

Aujourd’hui et plus que jamais c’est toute la beauté et tout l’espace de la montagne de Lure et du plateau d’Albion qui sont menacés. Et c’est totalement inadmissible et intolérable.

L’association « Les Amis de la Montagne de Lure » est donc engagée à résister aux tentatives de toute nature visant à altérer durablement ce territoire. Nous sommes soucieux de nous inscrire dans une démarche de longue durée en favorisant une alliance largement ouverte à toutes celles et tous ceux de tous âges qui se reconnaîtront dans ce manifeste.

Déjà des réseaux et alliances se tissent avec des naturalistes, forestiers, botanistes, ornithologues, géologues, créateurs, sociologues… afin que l’intelligence collective se mette au service de ce défi citoyen primordial. Mutualiser les efforts de tous pour avancer dans le respect de nos différences, faire naître une dynamique sur tout le périmètre de notre massif : telle est notre promesse, tel est notre engagement. 

Nous défendons la montagne de Lure.
Nous nous défendons et donc nous vous défendons.
Défendons-nous ensemble !

Nous ne défendons pas la nature, 
nous sommes la nature qui se défend.

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