HyGreen : le rêve… ou le cauchemar ?

Ce projet d’extraction d’hydrogène à partir d’une production massive d’électricité photovoltaïque comporte beaucoup de fragilités inquiétantes. Nous le classons pour l’instant parmi les projets à suivre car trop peu d’intentions concrètes ne sont exprimées, à ce stade, dont on puisse évaluer l’impact. Mais nous restons vigilants et la probabilité que HyGreen passe à court terme dans les projets combattus est grande.

Le socle

L’étude approfondie que nous vous avons proposée sur l’hydrogène présente notamment les nombreux défis pour faire de ce vecteur énergétique une solution tangible et réaliste face aux enjeux du dérèglement climatique.

Les bénéfices potentiels étant substantiels, de nombreux pays ont lancé depuis quelques années des démonstrateurs. C’est le cas de la France, et du projet HyGreen, véritable projet phare « qui permettra de démontrer, en France, à l’échelle industrielle, le rôle clef qu’est appelé à jouer l’hydrogène dans la transition énergétique » selon Guy Salzgeber, Directeur général adjoint et membre du comité exécutif d’Air Liquide. Ce projet novateur se développera dans notre région, au sein de Durance-Luberon-Verdon Agglomération (DLVA).

La plaquette présentant le projet en détaille les principaux tenants :

Projet majeur de transition énergétique, HyGreen a pour objectif la production combinée d’électricité photovoltaïque et d’hydrogène vert. En créant un écosystème global d’électricité renouvelable au cœur de la Provence en Région Sud, HyGreen Provence prévoit le développement de toute une filière « hydrogène vert » avec la production, le stockage et la distribution d’énergie verte. Plus concrètement, ce qu’il faut retenir, c’est que ce projet a pour but de produire [NDLR : par l’électrolyse, au moyen de l’électricité solaire] et stocker de l’hydrogène vert. L’hydrogène qui est encore peu connu du grand public, mais qui sera demain le carburant des voitures, des bus ou bien encore des trains, avec comme seul rejet, de la vapeur d’eau.

Ce projet, qui compte sur des investissements privés de l’ordre d’un milliard d’euros, regroupe la RTE, Enedis, Géométhane, GRT Gaz, Engie et sa filiale Storengy, Air Liquide et sa filiale Hydrogen Council ainsi que tout dernièrement la GRDF, filiale d’Engie.

Par ailleurs, à l’invitation de la DLVA, Paul Lucchese (Ingénieur au CEA, Directeur adjoint de Capenergies et Président de l’Accord Hydrogène AIE (Agence Internationale de l’Energie)) a réuni un Comité Scientifique pour accompagner la mise en œuvre du projet qui constitue une 1ère étape visant à faire de DLVA « la métropole des énergies. »

Une douzaine d’ingénieurs, sociologues, économistes et spécialistes, issus d’organismes d’horizons différents, prennent part à ce Comité. L’objectif est d’apporter aux porteurs de projets, entreprises et collectivités, des recommandations sur les volets scientifiques, technologiques, économiques, environnementaux et sociétaux, ainsi que de répondre aux interrogations des citoyens. Rassemblés deux fois par an pour échanger, ils pourront organiser des réunions publiques à destination de la population. Les membres du Comité auront également un rôle à jouer pour faire connaître auprès de la communauté hydrogène internationale, les avancées d’un tel projet déployé à l’échelle locale.

DLVA a estimé entre 10 et 12 millions d’euros de retombées fiscales par an. Le projet HyGreen pourrait à terme permettre de faire bénéficier à l’ensemble de la population d’infrastructures innovantes comme des bus fonctionnant à l’hydrogène ou encore une liaison ferroviaire Briançon-Marseille dotée d’une locomotive à hydrogène (des études de faisabilité sont en cours avec les autorités régionales).

Un projet en trois phases

Concrètement, le projet HyGreen se décline en trois phases qui permettront de passer d’une étape de type démonstrateur à une production massive.

La première étape prévue de fin 2021 à 2023 prévoit l’installation croissante de panneaux photovoltaïques jusqu’à 200 ha pour une puissance de 120 MWc avec simultanément la production de 278 tonnes d’énergie hydrogène par an.

En phase 2, d’ici 2026, 730 ha de panneaux devraient être installés pour une puissance de 440 MWc et 3 048 tonnes d’hydrogène vert produites/an.

En phase 3, en 2030, 1 500 ha de panneaux fonctionneraient pour une puissance de 900 MWc répartis à 50 % en électrique et à 50 % en hydrogène vert (H2) avec à terme 10 440 tonnes d’H2 vert produites/an.

Pourquoi implanter ce projet en Durance-Luberon-Verdon Agglomération?

Selon le dossier de presse « HyGreen Provence est un projet de territoire, ancré à plusieurs titres dans l’Agglomération. D’un point de vue géographique, DLVA dispose d’atouts incomparables qui combinés confèrent un avantage majeur au territoire. Fort de plusieurs milliers d’hectares propices à l’implantation de panneaux photovoltaïques, d’un ensoleillement exceptionnel (3000 heures/an contre une moyenne de 2000 heures/an en France), d’une capacité de stockage unique en Europe avec les cavités salines exploitées par Géométhane, et de l’eau brute disponible en quantité grâce à la Durance, au Verdon, les canaux Provence, Manosque et La Brillanne, le territoire de DLVA réunit tous les atouts pour permettre la création de ce projet hybride et novateur, HyGreen Provence. »

Un défi foncier aux impacts considérables

La préoccupation légitime d’Amilure se centre sur les besoins de foncier, qui évolueront selon les phases, de 200 ha au début du projet à 1 500 ha à terme.

Dominique Bertin, Directeur général adjoint Développement territorial de DLVA et chef de projet HyGreen Provence a répondu aux questions traitant du foncier, lors d’un entretien avec Actu-Envrionnement :

Les élus se sont tout de suite rendu compte que le développement du photovoltaïque pour ce projet pouvait susciter des interrogations : l’attractivité de notre territoire passe par la qualité des paysages. Des sollicitations d’opérateurs ou de propriétaires privés ont rapidement suscité une prise de conscience.

Les élus ont donc posé d’emblée comme conditions la préservation des paysages et le respect de la biodiversité, et ils ont été proactifs sur ces sujets. Il ne s’agit pas de céder le territoire à des industriels mais d’avoir le souci de son développement harmonieux. L’Agglomération a donc pris l’engagement de maîtriser ce développement dans un véritable projet d’aménagement. Elle a travaillé avec les services de l’État, et notamment la DREAL (directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement), à l’élaboration d’une doctrine pour le photovoltaïque. L’idée était de regarder les endroits que l’on souhaitait protéger : les espaces à vocation agricole, à vocation trame verte et bleue (TVB) ou bénéficiant de protections patrimoniales. Nous avons été accompagnés par les parcs du Verdon et du Luberon qui ont une expertise sur ce sujet. Ce travail avec la DREAL a été, en quelque sorte, pilote pour les doctrines liées à la transition énergétique, que les services de l’État voudraient développer à l’échelle des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI).

Vœux pieux ou engagement réel ? Nous n’avons pas trouvé de document récent de la DREAL ou de l’autorité environnementale à ce sujet, si ce n’est cette critique datant certes de 2018, dans le cadre de l’avis de la MRAe de Provence-Alpes-Côte d’Azur sur la révision du schéma de cohérence territoriale (SCoT) de DLVA :

Le rapport de présentation ne mentionne pas l’existence sur DLVA de plusieurs projets (en cours ou à venir) de parcs photovoltaïques de grande ampleur, susceptibles d’engendrer des effets négatifs non négligeables sur l’espace naturel et le paysage, notamment le projet HyGreen d’une emprise prévisionnelle d’environ 1 500 ha. Ces installations connues ne sont pas identifiées comme secteurs de projets et leurs incidences sur l’environnement ne sont pas analysées dans l’évaluation environnementale du Scot. Compte tenu de l’importance de l’enjeu, le Scot doit analyser de façon détaillée les secteurs dévolus aux projets photovoltaïques connus ou possibles. Par ailleurs, l’encadrement efficace des PLU et des projets locaux nécessite, en complément de la prescription P64 du DOO, l’élaboration d’une stratégie d’implantation des parcs photovoltaïques à l’échelle communautaire comportant notamment :

  • l’évaluation environnementale des sites favorables à l’installation de parcs photovoltaïques et de leurs effets cumulés,
  • l’élaboration d’un protocole précis et détaillé de choix du site, et d’encadrement des projets afin d’en limiter l’impact sur l’environnement, en particulier sur la biodiversité (espèces protégées), la trame verte et bleue et le paysage.

Notons que Dominique Bertin, dans le même reportage d’Actu-Environnement, soulève le désir de la DLVA de voir le projet HyGreen “adoubé” d’”Intérêt General” par le gouvernement, permettant une simplification des documents d’urbanisme pour la sécurisation du foncier nécessaire:

Afin de faciliter l’acceptabilité et de bénéficier des retombées économiques, les élus ont fait le choix de travailler uniquement sur des terrains publics. L’idée est de faire une déclaration de projet et que l’État précise que ce projet est d’intérêt général. Cela permettra de faire une mise en compatibilité de nos documents d’urbanisme avec la doctrine, plutôt qu’une révision complète de ces documents, qui prendrait beaucoup plus de temps. Un programme d’aménagement photovoltaïque sera alors adossé à nos documents d’urbanisme (SCoT et PLU), avec une cartographie des parcelles.

La collectivité joue ici son rôle d’organisateur mais aussi de facilitateur. En optant pour des terrains publics et en réalisant tout ce travail en amont, nous enlevons le risque du foncier. C’est-à-dire que les terrains seront sécurisés, avant le lancement d’appels à projets. L’Agglomération souhaite ensuite discuter avec les opérateurs des prix des loyers. Nous voulons éviter une spéculation du foncier, pour ne pas avoir d’impact sur de prochains projets d’aménagement. Les élus préfèreraient travailler sur des loyers modérés, en ajoutant, dans les conventions, des mesures compensatoires d’intérêt public : gestion forestière, biodiversité, agriculture…

La prudence est de mise

Le projet semble donc privilégier le foncier public, tout en respectant les orientations départementales sur l’implantation de parcs photovoltaïques.

Pour rappel, en lien avec ces orientations, les services du Conseil régional ont mené une étude approfondie du potentiel régional de production photovoltaïque sur les toitures ou sur différentes surfaces anthropisées, et les résultats ont été publié à travers le « cadastre énergétique régional. » Pour le solaire photovoltaïque, cet outil recense un potentiel sur toitures d’environ 38 000 MW sur la région. Même s’il s’agit d’un maxima exploitable à terme, n’intégrant pas tous les paramètres techniques et réglementaires, cela donne un bon aperçu du potentiel photovoltaïque sur ces surfaces en région PACA. Mais qu’en-est-t-il pour la DLVA ?

En consultant le rapport de la RTE dans le cadre du S3REnR PACA, il ressort que la zone de la DLVA a des capacités beaucoup plus limitées : le potentiel photovoltaïque sur surfaces artificialisées (toitures, parkings …) dans les secteurs urbanisés de la Moyenne-Durance (agglomérations de Manosque, Château Arnoux, St Auban, Digne et Sisteron), n’offre qu’une capacité d’accueil sur le réseau d’environ 200 MW.

Il est donc évident que le projet HyGreen aura besoin de surfaces photovoltaïques au sol substantielles, et que rien ne peut nous permettre à ce stade de penser que notre secteur d’action serait épargné.

Nous reconnaissons l’engagement des Parcs naturels régionaux (PNR) du Verdon et du Luberon dans le cadre d’un conventionnement tripartite avec la DLVA, dont l’objectif est de garantir un engagement de la DLVA pour que le projet HyGreen Provence respecte les orientations et les objectifs des chartes des Parcs, s’inscrive dans une démarche visant à servir l’intérêt général et contribue au développement harmonieux des territoires. Le partenariat proposé se décline en une mise en place progressive en 2 étapes :

  • Première étape : construire une analyse et participer au choix d’implantation des équipements de production d’énergies renouvelables comme les parcs photovoltaïques,
  • Deuxième étape : dans le cas où la première étape aboutit à un accord validé par les signataires, une deuxième étape sera enclenchée, dans le cadre d’un avenant ou d’une nouvelle convention.

Cette convention est sans aucun doute positive, mais notre mandat est exigeant de prudence.

Jusqu’où vont s’étendre les 1 500 ha de panneaux envisagés ? Combien de forêts sont-elles défrichées ? Quelles atteintes au paysage ? Quels impacts avec les lignes de transports électriques ? Quel dialogue s’engage d’ores et déjà en toute transparence avec les habitants et les associations ? Voici quelques premières questions auxquelles il s’agit de répondre dès aujourd’hui alors que l’alibi de l’intérêt général pour porter atteinte tant au code de l’urbanisme qu’au puits de carbone que sont les forets et leur biodiversité n’est pas nécessairement convaincant.

Ainsi, dans le cadre du projet HyGreen, le foncier public compatible avec la doctrine photovoltaïque du département et les protections de chaque territoire a été identifié sur la DLVA. L’objectif est de lancer à l’étude environ 200 hectares correspondant à la première phase HyGreen. Sur Oraison, 5 sites ont été identifiés : secteur du Bois Saint-Martin (92 ha), secteur de Font du Loup (entre 40 ha et 63 ha), secteur de l’Hubac de l’Aval (entre 30 ha et 55 ha), secteur de Magnasse (entre 28 ha et 39 ha), secteur du Ravin Saint-Georges (entre 80 ha et 110 ha).

Le fait de voir la multiplication de cartes communales et de PLU faire référence à HyGreen est inquiétant, inquiétude souvent partagée par les élus. Voici un compte rendu du Conseil Municipal d’Oraison. Cette commune est au-delà de notre zone d’influence, mais combien de projets sur la Montagne de Lure et du Plateau d’Albion seront appelés à faire partie de ce projet ? Nous vous laissons sur cette lecture. Nous sommes convaincus que vous partagez notre inquiétude. Nous vous demandons aujourd’hui de partager la vigilance et de nous faire parvenir toute information sur des projets potentiellement nuisibles à cet environnement exceptionnel qu’est la Montagne de Lure.

Discussion :
  • M. Noël demande si on connait le site d’installation de l’usine.
  • M. Manteau répond que l’implantation est prévue sur le site de Géométhane.
  • M. Brun GJL : « Qui a choisi les zones ? «
  • M. le Maire : « On a pris les cartes et on a éliminé tout ce qui était impossible mais les zones proposées aujourd’hui ne seront peut-être pas retenues car des contraintes apparaitront. »
  • M. Brun GJL : « Ce qui est regrettable c’est que les zones sont dans la forêt et que l’on va couper les arbres. »
  • M. le Maire est d’accord avec cette remarque.
  • Mme Valenti : « Il y a des chiffres importants, création de 1 000 emplois. »
  • M. le Maire : « Je n’ai pas de précision mais les 1 000 emplois sont en phase d’installation. Après il y aura des ouvriers sur le site, du gardiennage. Il peut y avoir des emplois induits. L’enjeu majeur est environnemental et économique. »
  • Mme Valenti : « Cela est extraordinaire et je voudrais avoir des précisions sur ces créations d’emplois. Je ne suis pas opposée à ce projet sur son principe mais je regrette le manque de précision quand on annonce 1 milliard d’investissement. »
  • M. le Maire : « On part d’une idée et il y a tout à faire. On connait la technique mais après de nombreuses réunions seront nécessaires pour finaliser ce projet. Personne ne sait aujourd’hui si le projet va aboutir. Vous allez avoir des débats, des présentations. On est pour l’instant sur un concept. »
  • Mme Valenti : « C’est un projet de territoire donc il faut que les habitants soient associés»
  • M. le Maire : « Pour l’instant il n’y a pas de projets, c’est une idée que nous souhaitons mener à bien. Il s’agit d’une ébauche. »
  • Mme Valenti : « S’il y a d’autres projets de territoire, je souhaiterais en être informée. Il faut partager la transition écologique avec la population. »
  • M. le Maire : « On est sur un débat où l’on dit qu’il faut faire quelque chose mais après il faut passer à la phase de réalisation et à ce stade donner les informations à la population»
  • Mme Valenti : « Je voterais pour mais dans la méthode comme il s’agit d’un projet de territoire il faudrait présenter ce projet à la population pour éviter les contentieux notamment. »
  • M. le Maire : « On ne pourra pas éviter les contentieux car il y aura des intérêts privés différents. »
  • M. Manteau : « Quand je regarde les chiffres cela ne m’étonne pas car il s’agit d’un procédé très pointu au niveau technologique. Par contre je m’interroge car RTE a battu un record de production d’électricité aujourd’hui dans la région PACA à cause des climatisations. Jusqu’où irons-nous ? En termes d’étude le projet est colossal. Tout le monde parle d’écologie mais personne ne veut renoncer à son confort. »
  • Mme Valenti : « Vous allez dans mon sens M. Manteau et c’est pour cela qu’il faut associer la population. »
  • M. Manteau : « HyGreen a créé un site internet. »
  • M. Cotton : « Pour l’instant on nous propose un concept et on ne peut pas aller sur les détails. Quand les études auront commencé on pourra associer les populations. »
  • Mme Valenti : « On nous parle d’un projet de territoire et vous pensez que les gens sont bêtes. Je suis pour que les gens soient informés car il faut changer les comportements. »
  • M. le Maire : « On sera sur un projet raisonné et qui entrainera l’adhésion des populations. On ne peut pas communiquer en ne disant rien du tout. Il faut de la matière et on ne peut débattre du vide. »
  • Mme Valenti : « On sait déjà qu’il y a 300 ha sur Oraison. »
  • M. le Maire : « Non on aura peut-être 0, 100 ou 300 ha mais à ce jour rien n’est arrêté. »
  • Mme Bégnis : « C’est bien inscrit dans le projet de délibération : les parcelles pouvant faire l’objet d’une étude. Si on n’a pas les terrains le projet tombe à l’eau et donc les débats seront inutiles. »
  • Mme Vignerie : « Je suis d’accord sur ce type de projet au vu de la présentation…1er territoire indépendant à énergie positive ! mais le seul truc qui m’embête ce sont les investisseurs privés. »
  • M. le Maire : « Ce projet ne peut se faire sans les investisseurs privés mais les collectivités locales disposeront d’une minorité de blocage. »
Une unité de production d’hydrogène par électrolyse
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