Que s’est-il réellement passé lors du blackout ibérique du 28 avril 2025 ? Un rapport d’enquête publié par un panel de 49 experts européens tente de nous en expliquer les causes.
Selon ce rapport, les centrales solaires et éoliennes fonctionnaient à plein régime ce matin-là, au point de permettre l’exportation de près de 5 gigawatts d’électricité vers le reste de l’Europe.
Entre 12 h 03 et 12 h 22, le réseau a connu deux épisodes d’oscillations de tension et de fréquence. Le premier incident, localisé dans les environs de Badajoz, semble causé par l’instabilité d’onduleurs solaires.
A 12 h 32, sous l’effet de plusieurs mécanismes d’ajustement, la production des grands générateurs d’énergie renouvelable a chuté d’environ 500 MW, en 48 secondes.
Or, les onduleurs associés aux grands parcs d’énergie renouvelable contribuent à stabiliser la tension (pour les spécialistes, en injectant ou en absorbant de la puissance réactive). Mais le rapport souligne un mode de réglage inadapté des onduleurs (appelé fixed power factor mode) qui, en réduisant aussi rapidement leur production, aurait entraîné une hausse de la tension dans le réseau. Cet effet est identifié comme un facteur clé à l’origine de l’incident.
Mais d’autres facteurs sont venus aggraver la situation.
Ainsi, les « réactances shunts », ces instruments destinés à réguler la tension sur le réseau, étaient pilotés manuellement par des techniciens qui n’ont pas eu le temps d’intervenir pour stabiliser le système.
Par ailleurs, plusieurs lignes d’interconnexion avec la France et le Portugal étaient en maintenance, et une partie du parc nucléaire ainsi que plusieurs stations de pompage-turbinage (STEP) étaient à l’arrêt. En temps normal, ces installations fournissent l’inertie indispensable au système pour amortir les déséquilibres.
Lorsque la tension a dépassé les limites de sécurité, les équipements de protection automatiques des différentes centrales ont commencé à les débrancher. En quelques secondes, la production est devenue insuffisante pour couvrir la consommation.
Il aura fallu 81 secondes pour que le réseau s’effondre totalement.
A 12 h 33 et 21 secondes, les lignes reliant la péninsule ibérique au reste de l’Europe se sont déconnectées pour éviter une propagation de la panne à l’ensemble du continent. L’Espagne et le Portugal se sont alors retrouvés isolés, provoquant un blackout généralisé : trains immobilisés, métros à l’arrêt, trafic routier perturbé, vols annulés, communications interrompues.
Cette panne massive, qui est la plus importante de ces 20 dernières années, a duré de 12 à 20 heures selon les régions (voir cet article du Monde).
Ainsi, ce rapport met en évidence toute la difficulté qu’il y a à piloter un réseau électrique dont l’architecture et les dispositifs de contrôle n’ont pas été conçus pour intégrer une telle puissance d’énergies renouvelables intermittentes.
Ce blackout constitue donc un avertissement clair sur les dangers d’un système électrique qui se développe plus rapidement que les moyens de le contrôler.
Fin 2025, la France comptait déjà 56,6 GW de projets éoliens et photovoltaïques en attente de raccordement, soit un volume équivalent à celui des capacités déjà installées (56,8 GW, dont 30,7 GW de photovoltaïque et 26,1 GW d’éolien, voir aussi cet article sur notre site).
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