Amilure – Les Amis de la Montagne de Lure

Les Amis de la Montagne de Lure

Laurine Roux commente la décision d’Ongles

Laurine Roux - Romancière

Nos lecteurs sont désormais habitués aux publications d’Amilure, où nous documentons nos combats et analysons avec la plus grande rigueur possible l’impact du développement des énergies renouvelables industrielles sur nos territoires. Nous vous proposons ici un texte d’une nature différente. Il s’agit de la réaction de Laurine Roux — romancière — à la décision du Conseil d’Etat de juillet 2026 qui a mis en échec le projet photovoltaïque d’Ongles.

Laurine Roux est une observatrice avertie de notre lutte pour la préservation de la montagne de Lure. Originaire des Hautes-Alpes, elle est l’autrice du livre « Le Test Elzéard » paru en 2026 aux éditions Julliard. Nous vous conseillons cet ouvrage qui tient autant de l’enquête que de l’essai. Laurine y mène une véritable enquête de terrain sur les projets photovoltaïques qui bouleversent la montagne de Lure, rencontre ceux qui s’y opposent ou les soutiennent, et interroge les contradictions de la transition énergétique à la lumière du souvenir de sa grand-mère Madeleine, qui était une pionnière du développement des énergies solaires dans les années 70.

Voici sa réaction sur la décision d’Ongles :

Très intuitivement, en autrice inspirée par les lieux, il m’arrive d’éprouver, sinon des libidos, disons une affinité élective avec certains paysages. « Géo-graphe » serait une bonne définition du travail d’innombrables auteurs et autrices. Je pense à Giono, Gracq, Marie-Hélène Lafon, Elisée Reclus. Le géographe Augustin Berque a renouvelé l’usage du mot « écoumène » pour désigner l’attachement des sociétés humaines à leur milieu de vie.

Alors oui, trois fois oui je me réjouis de cette décision du Conseil d’Etat concernant l’écoumène de la forêt de Seygne. Elle fera date, je l’espère. Cet arrêt prouve qu’au-delà des impacts écologiques sur le vivant, un juge doit prendre en compte les atteintes visuelles et paysagères que provoquent certains projets photovoltaïques, qui affectent le « bien-être de la population ». L’écoumène est là, plein de toute sa valeur, j’aurais envie de dire saveur.

En enquêtant à Cruis pour écrire Le test Elzéard, j’ai été frappée par le simulacre des mesures ERC (Eviter, Réduire, Compenser) : un trou à la pelleteuse en guise de refuge pour les grenouilles. Qui connaît le soleil et la terre de Provence, sait que l’une et l’autre sont gouluꞏes. Un jour de canicule, et l’eau s’évapore.

Alors oui, trois fois oui je me réjouis qu’une zone humide soit préservée au motif que les mesures compensatoires proposées par les opérateurs n’apportaient pas une réelle plus-value écologique.

Une amertume tout de même : cette décision du Conseil d’Etat, j’aurais voulu la fêter pour le site photovoltaïque de Cruis. Les mêmes arguments étaient valables. Sauf que la centrale avait déjà été bâtie, ce à marche forcée, avec comme mantra le sacro-saint rendement énergétique, sous le regard complaisant des forces de l’ordre, sans que les recours des associations ne soient purgés.

Mais réjouissons-nous de cette pause dans la course au rendement, à Ongles, et de ces jours heureux qu’il nous reste pour jouir d’un écoumène humide en Provence, véritable luxe.

Le Test Elzéard - Laurine Roux

Image d’en-tête :  @Lucie Bascoul

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