[fiche] L’illusion d’optique des énergies renouvelables

Les EnR en question

A priori, faire de l’électricité à partir du soleil ou du vent, plutôt que du pétrole ou de l’uranium, semble être une bonne idée : nous en avons à revendre, et nous cherchons désespérément à endiguer le dérèglement climatique causé principalement par nos émissions de CO2. Les coûts en termes d’atteintes à la biodiversité, aux espèces protégées, à l’apport régulateur des forêts et à l’intégrité des paysages pourraient être acceptables, si c’était la contrepartie nécessaire au sauvetage de la planète. C’est ce que défendent tous ceux qui soutiennent ces projets industriels en pleine nature.

Malheureusement, ce n’est pas si simple.

Il est clair que les émissions de CO2 en France sont le fait du chauffage (principalement à base de pétrole) et des transports (quasi uniquement à base de pétrole). Par ailleurs notre électricité dépend largement de l’énergie nucléaire, très sobre en CO2. Donc, même si l’on couvrait la moitié de la France de panneaux photovoltaïques entrelardés çà et là d’éoliennes, notre bilan carbone resterait pratiquement identique – ou pire si l’on prend en compte la fabrication des composants de ces centrales. À l’heure actuelle, la seule manière d’agir sur cet enjeu est de réduire notre consommation, par des mesures passives (isolation) et actives (sobriété à tous égards).

Par ailleurs, pour encourager les industriels à lancer ces projets, l’État garantit leurs revenus dans une mesure disproportionnée. Ces opérateurs ne font pas leurs marges sur le soleil et le vent mais sur les contribuables. Une centrale éolienne qui ne tourne pas, faute de vent par exemple, est financièrement compensée par l’État. Au niveau national, cela se compte en milliards d’euros chaque année (voir à ce sujet le rapport de la cour des comptes de 2018, page 50 et suivantes). Ces dispositifs ne sont donc pas rentables puisqu’ils dépendent de l’aide de l’état.

Mais alors que faire ? Conserver le pétrole ? Renforcer le nucléaire ? La question est complexe et nous n’avons pas de réponse simple à proposer. Une piste semble néanmoins se dégager – l’erreur de logique pourrait venir de l’échelle même des projets, plutôt que de leur technologie : les projets industriels en milieu industriel, urbain et périurbain, et en milieu rural des déploiements plus modestes, qui ne bousculent pas l’équilibre nature/urbanisation de nos campagnes. Un indice qui va dans ce sens : chaque développement EnR industriel de notre secteur nécessite la modification du PLU, le Plan Local d’Urbanisme, pourtant adapté au territoire. C’est la ville qui s’installe aux champs, et pour de mauvaises raisons (voir plus haut). Est-il étonnant que la résistance s’organise ?

En milieu rural, par contre, ces solutions peuvent être mises en œuvre près des maisons, dans une logique locale. C’est là que, sur un territoire comme le nôtre, est notre rôle : dans la production d’électricité à l’échelle des particuliers ou des petites communautés. Les infrastructures techniques et commerciales du réseau électrique ne sont pas prévues pour ça, mais cela pourrait changer. Les tarifs de rachat pourrait être plus incitatifs, et le réseau pourrait être optimisé pour permettre la consommation communautaire – on parle de « réseau intelligent » (smart grid). Si l’État subventionnait ces développements plutôt que les opérateurs privés, on y arriverait peut-être.

Amilure ne perd pas de vue sa raison d’être essentielle, à savoir protéger la montagne de Lure et le plateau d’Albion et combattre les nombreuses menaces qui pèsent sur notre bien commun. L’association garde présent l’objectif de vous informer de façon non partisane sur la complexité et les conséquences des initiatives locales et nationales en matière de stratégie et de transition énergétique. Nous n’avons pas toutes les réponses : nous cherchons surtout à poser les bonnes questions.

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