Jacques Rigaudiat, conseiller maître à la Cour des comptes, signe dans les pages d’ATTAC France une analyse fouillée et pertinente sur les véritables enjeux de la transition énergétique, en comparant notamment 3 scénarios de décarbonation : négaWatt 2017, Cired 2020 et Ademe 2020-2060.

L’approche n’est ni complaisante ni aveuglément militante pour cette plate-forme altermondialiste pourtant ancrée très à gauche, et mérite le détour – malgré l’envergure du propos, qui recoupe dans une certaine mesure une analyse américaine que nous avons récemment relayée dans nos pages.

Nous reprenons ici, intégralement, les conclusions de l’auteur :

Au terme de ce rapide examen de trois exercices de simulation de la transition électrique, quelques conclusions générales se dégagent.

D’abord, que les EnR intermittentes sont désormais dans des fourchettes de coûts de production de l’électricité qui les rendent globalement « compétitives » par rapport aux énergies fossiles et au nucléaire. Au demeurant, ces coûts sont destinés à poursuivre leur baisse dans l’avenir.

On ne peut toutefois limiter, comme c’est trop souvent le cas, l’analyse de la transition électrique à ces seules considérations.

D’abord, pour des raisons strictement pratiques, parce que le développement des EnR oblige à des adaptations liées pour que le système électrique puisse techniquement fonctionner : recherche de nouvelles flexibilités (foisonnement des sources, interconnexions, moyens de stockage quotidien et intersaisonnier de l’énergie, déplacement ou « pilotage » de la demande…) et adaptation des réseaux de transport et, surtout, de distribution. Elles seront très coûteuses… Trop souvent oubliées, au mieux fortement minorées quant à leurs coûts, ces adaptations ne peuvent plus être ignorées, ne serait-ce que parce qu’elles ne pourront bientôt plus être différées pratiquement. Nécessairement conjugués, ces deux éléments pèseront sensiblement plus que les coûts de production et, quoi qu’on en ait dit, il est hautement probable qu’ils pourraient bien venir plus qu’en contrecarrer la diminution attendue.

Enfin, parce que ces considérations économiques plutôt peu réjouissantes obligent, en retour, à un effort de concret et de sélectivité. La transition à accomplir n’est pas un acte abstrait. Il s’agit, d’abord, de décarboner, c’est vital ; c’est l’aune essentielle et primordiale à laquelle tout doit être jugé et rapporté. À cet égard, devoir s’en remettre au gaz, même vert, même bio, c’est se vouer à recarboner. Ensuite, c’est du mix électrique français qu’il est ici question ; c’est lui qu’il s’agit de transformer, et l’on sait la place unique qu’y tient le nucléaire. Cette réalité ne peut être éludée, et on a vu que le nucléaire existant pouvait être une réponse, partielle mais significative, à la question de la flexibilité. Il faut s’interroger sur les raisons et les conséquences d’une fermeture accélérée du parc existant.

Contrairement à ce que d’aucuns tendent à penser et s’efforcent à vouloir faire penser, la transition écologique appliquée à l’électricité ne sera pas courte, ni ne se fera sans efforts. Rien de tout cela, pour autant, ne la rend moins indispensable. Cela ne fait, en définitive, que rendre plus nécessaire encore un débat citoyen qui, loin d’un certain irénisme, soit pleinement et loyalement informé. C’était là le seul et unique objet de cette mise en regard de trois approches singulièrement différentes d’une pourtant même transition.

Les analyses simplistes qui débouchent sur des injonctions unilatérales et affirmatives ne sont utiles à personne, et participent d’une désinformation généralisée qui pollue déplorablement le débat. Mais ici, on regarde la complexité des enjeux en face et on tente d’en dégager des réalités fiables. C’est à saluer et à propager.

ATTAC s’interroge

2 commentaires sur “ATTAC s’interroge

  1. Une analyse certes pertinente mais qui débouche une fois de plus sur le recours au nucléaire : une énergie fossile que nous importons du Niger, dangereuse, génératrice de déchets que nous ne savons pas traiter… Qui nous proposera — nous imposera ? — les économies drastiques que l’urgence rend indispensables ? Suppression, par exemple, du tourisme aérien, éducation à la sobriété électrique à tous les niveaux, et tant d’autres efforts dans des domaines où en un demi-siècle la gabegie et l’insouciance sont devenues la règle…

  2. Merci de la diffusion de cette analyse, que je pense techniquement pertinente.
    En tant qu’opposant définitif à l’énergie nucléaire “civile” telle qu’elle est produite depuis la fin de la seconde guerre mondiale, pour produire de l’énergie électrique certes, mais aussi, sinon surtout, pour produire du plutonium essentiel à l’industrie du nucléaire militaire, notre avenir me paraît noir, comme un “BlackRock”…
    Reste un mince espoir d’une trouvaille “miraculeuse” de récupération d’énergies cosmiques, il y faudrait un nouveau génie à l’image d’un Nikola TESLA mais surtout des pouvoirs politiques, économiques, une mondialisation économico-politique d’une autre dignité humaine, éthique, philosophique que celle qui nous broie aujourd’hui, et depuis longtemps…
    Nous n’avons que ce que nous méritons collectivement.

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