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Les Amis de la Montagne de Lure

CO2 : Le puits percé des forêts

Puit de carbone - forêt

Nos forêts sont menacées par de très nombreux projets photovoltaïques. Pour en comprendre l’impact, nous publions ici un état de santé des forêts, en France et dans le monde. Ce texte a été rédigé par Richard Fay, responsable territorial retraité de l’Office national des forêts (ONF).

Les documents cadrant le photovoltaïque au sol ouvrent les espaces naturels aux implantations d’usines électriques solaires. Dans le département des Alpes de Haute Provence, un arrêté préfectoral élargit même cette possibilité à tous les espaces boisés. L’arrêté est très justement contesté au tribunal administratif par plusieurs associations, dont Amilure (voir l’article « Amilure attaque la dérogation préfectorale »).

Le rôle des arbres dans la séquestration du carbone n’est plus à démontrer. Et les incendies de 2026 nous rappellent leur exposition aux aléas climatiques, et humains.

Le moment est venu de refaire le point sur l’état des forêts.

L’état des forêts sur la planète

Cette première figure montre l’évolution récente des surfaces plantées (en vert) et déforestées (en rouge) sur la planète.

Source :  Rapport « Evaluation des ressources  forestières mondiales 2025 » de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Moins de destruction, moins de plantations, d’un côté on pourrait penser que la situation s’est améliorée, mais en fait le solde net s’est dégradé.

Nous perdions en moyenne 3,7 millions d’hectares par an sur la période 2000-2015. Nous en perdons maintenant 4,12 millions. Pour se faire une idée, c’est presque 25 % de la surface de la forêt hexagonale qui disparaît tous les ans.

L’état des forêts en France métropolitaine

A première vue, les forêts de la France métropolitaine semblent échapper à la déforestation, puisque leur évolution récente montre un maintien des surfaces boisées, voire une augmentation de ces surfaces.

Source : données IGN.

Mais les choses ne sont pas si simples, comme le montre le graphique ci-dessous qui compare les flux forestiers sur les périodes 2005-2013 et 2016-2024.

 Source : Inventaire Forestier National mémento 2026.

Les dernières données de l’Inventaire Forestier National montrent une baisse de la production biologique (en vert foncé sur le graphique) sur la période 2016-2024. En parallèle, la mortalité (en mauve) a doublé sur la même période, sous l’effet de la chaleur, des déficits en eau et des maladies, tout comme les coupes de bois ont augmenté (en vert clair). Le bilan qui correspond à la production biologique dont sont déduits la mortalité et les prélèvements de bois (en jaune), se traduit par une réduction de plus de la moitié de la croissance du volume de bois sur pied. Cette croissance a chuté de 47,1 millions de m³ à 20 millions de m³ par an en 12 années.

Ces données en volumes expriment un ralentissement notable du stockage du carbone sur la période 2015-2023 par rapport à la période 2005-2013. La quantité additionnelle de carbone stockée par an a chuté de 17,2 millions de tonnes entre 2005 et 2013 à 10,5 millions de tonnes entre 2016 et 2024. En regard, le stock total de carbone forestier a été évalué à 1376 millions de tonnes en 2024.

A cet inquiétant bilan s’ajoutent les incendies. La base de données du ministère de l’Agriculture indique une surface annuelle incendiée de 95 000 hectares par an entre 2015 et 2024 (source BDIFF).

Ainsi, le maintien de la surface des forêts hexagonales ne saurait masquer la dégradation des fonctions qu’on lui attribue. Le carbone n’en est que la face mesurée. La protection des sols et des nappes, la filtration de l’air et de l’eau, la régulation des températures et des pluies sont dégradées.

L’état des haies en France métropolitaine

D’après les données du bulletin du CGAAER n° 22114.

Entre 2006 et 2021, le territoire a perdu 15 % de ses haies et arbres d’alignement. Entre 2014 et 2020, 70 000 hectares de haies ont ainsi disparu. Malgré les messages sur les bienfaits des haies et les programmes de replantation, 10 000 hectares par an continuaient à disparaitre entre 2014 et 2021.

La consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers en PACA

Changeons de focale, qu’en est-il de notre consommation des espaces naturels, qu’ils soient agricoles ou forestiers ?

Source SRADDET. Les données en vert clair regroupent tous les espaces agricoles et forestiers, celles en vert foncé ne concernent que les forêts. Ces données figurent dans le SRADDET de la région, dans le document de 2009 puis dans la mise à jour en 2025. Pour celles et ceux qui voudraient chercher, ces chiffres se trouvent dans le rapport de 2019 au paragraphe objectif stratégique 48, page 270, et pour les données actualisés de 2025, dans l’évaluation environnementale stratégique, livret 2, page 18.

Le rythme annuel d’urbanisation des espaces naturels a doublé sur la période 2011-2020. Nous avons au total consommé 1350 hectares par an sur la dernière période. C’est sidérant d’irresponsabilité.

En résumé, la disparition des surfaces forestières se poursuit à un rythme effréné. Un fait nouveau et aggravant se manifeste. Le manteau arboré qui protège nos vies se troue et se trouera de plus en plus d’arbres morts et de zones incendiées. Une canopée de plus en plus trouée c’est une sylve de moins en moins apte à fixer le carbone et à refroidir l’atmosphère, au fur et à mesure que la température mondiale s’élèvera.

Dans ce contexte, remplacer les forêts par des panneaux solaires est de moins en moins une solution, et l’obstination à le faire devient écocidaire.

Connaissez-vous la Courbe de Keeling ?

Le scientifique américain David Keeling (1928-2005) a eu l’idée de suivre l’évolution de la teneur atmosphérique en dioxyde de carbone à l’aide de relevés dans l’air ambiant et dans des carottes glaciaires. Et d’en faire des graphiques, comme celui-ci :

Evolution de la concentration de CO2 (en parties par million, ppm), sur une période incluant l’ère préindustrielle et l’ère industrielle moderne.

Son fils poursuit son œuvre, autant vous dire que son travail est menacé par l’administration Trump. J’ignore si c’est lié, sur son site l’outil de visualisation graphique n’est plus fonctionnel. Mais casser le thermomètre n’arrêtera pas la montée des teneurs en CO2, des teneurs qui s’approchent chaque année un peu plus de celles qui avaient cours quand l’Antarctique était boisé (le Pliocène ai-je lu quelque part). L’espèce humaine n’existait pas encore …

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Image d’en-tête : @Richard Fay

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