Parc du Luberon : notre contribution à la nouvelle charte

Transition énergétique et cadre de vie

Nous avons pris part à la consultation pour le renouvellement de la charte du parc du Luberon et apporté nos observations pour la mise en œuvre du projet de ce territoire, sur l’un des thèmes : la Transition énergétique et cadre de vie.

Plus précisément, notre avis porte sur les pages du cahier du GREC SUD concernant :

Le développement des énergies renouvelables : un défi incontournable pour le territoire.

Nous adhérons globalement à l’analyse présentée notamment :

  • sur la manière de « raisonner de manière systémique car tout est lié : de la santé des arbres, par exemple, dépend la richesse des sols et de la biodiversité (souterraine et aérienne), la qualité des eaux, la séquestration du carbone, le risque incendie, le tourisme et les loisirs…
  • sur le carbone stocké dans les puits naturels, comme par exemple les forêts et susceptible d’être rejeté massivement dans l’atmosphère par les incendies de forêt, les changements d’usage des terres ou l’exploitation forestière intensive et, d’une manière générale, par la destruction des espaces naturels au profit des surfaces artificialisées. Aucun puits de carbone artificiel ne peut éliminer le carbone de l’atmosphère à une échelle suffisante pour lutter contre le réchauffement de la planète.

Nous sommes infiniment plus critiques que le GREC SUD en ce qui concerne les objectifs du SRADETT pour le développement des énergies renouvelables, nous avons bien noté l’usage du conditionnel pour exposer que le SRADDET intègre, au travers du Schéma régional climat-air-énergie (SRCAE), l’objectif d’une baisse de 30 % des consommations d’énergie finale en 2050. Aussi, pour contribuer à cette ambition, le territoire devrait parvenir d’ici 30 ans à ne plus consommer que 2670 GWh/an.

Dans le même temps, la territorialisation du SRADDET incite les territoires à développer les EnR, en fonction de leurs potentiels respectifs. Même s’il s’agit d’un objectif non prescriptif, il est demandé au territoire « #Luberon2039» de produire 4987 GWh/an en 2050 dont la majorité serait issue du solaire photovoltaïque, à l’image du mix énergétique régional envisagé dans le SRCAE.

À plus brève échéance, en 2030, ce même exercice montre que le solaire photovoltaïque pourrait représenter localement une production annuelle de 1000 Gwh/an contre 80 en 2016, soit une multiplication par 12,5 de la capacité de production.

Il n’est pas exact de prétendre que l’objectif est non prescriptif car le SRADDET a une valeur prescriptive.

  • prescriptif : les objectifs et les règles du schéma s’imposent aux documents de planification infrarégionaux (SCoT, PDU, PLU, Chartes de parcs naturels régionaux, Plan Climat Air Énergie)
  • 2 niveaux de prescriptivité :
    • la prise en compte des objectifs (ne pas ignorer)
    • la compatibilité avec les règles (ne pas faire obstacle)

Les objectifs en termes d’énergies renouvelables sont présentés à la page 176 du document. Nous les reproduisons ci-dessous :

  • Solaire PV (TOTAL) : installer 1200 MW par an (= plus que l’ensemble des équipements actuellement en service en région).
  • Solaire PV (particuliers) : équiper 173 000 toitures d’ici à 2030 et 978 000 d’ici à 2050.
  • Solaire PV (parcs au sol) : installer 2 850 hectares (1 995 terrains de foot soit 3 ha/commune) d’ici à 2030 et 12 778 hectares (8 900 terrains de foot soit 13 ha/commune) d’ici à 2050.
  • Éolien terrestre : installer 170 éoliennes de 3,5 MW d’ici à 2030 et 370 d’ici à 2050.
  • Éolien flottant : installer 100 éoliennes de 10 MW d’ici à 2030 et 200 d’ici à 2050.

Il est évident que l’ampleur des objectifs fixés, a priori démesurés par rapport aux enjeux environnementaux de notre département, et plus spécifiquement de la montagne de Lure et du plateau d’Albion, demandera une vigilance accrue de la part de tous les adhérents de notre association – mais aussi de tous nos concitoyens.

Le GREC SUD écrit :

…le développement des EnR, en particulier du solaire photovoltaïque, doit se faire en cohérence avec tous les enjeux du territoire :

  • il convient de privilégier les surfaces au sol déjà anthropisées et de massifier son usage sur les toitures, partout où les conditions d’installation et d’exploitation sont réunies,
  • de favoriser un aménagement réfléchi et durable du territoire,
  • et de faciliter les montages de projet renforçant l’économie locale et la participation des acteurs locaux

Le cadre régional pour le développement des projets photovoltaïques prévoit ainsi que le développement des centrales photovoltaïques au sol, moins chères que celles en toitures, devrait constituer la principale réponse à ces ambitions.

Consommation d’espace

Il est toutefois précisé que la consommation d’espace qui en résulterait (entre 1 et 2 hectares par MWc installé) ne saurait se faire au détriment de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers qui contribuent au stockage du carbone, à l’adaptation au changement climatique et au maintien de la biodiversité. Et l’implantation dans les espaces naturels, agricoles ou forestiers n’est en principe à envisager qu’aux trois conditions cumulatives suivantes :

  • avoir examiné les possibilités foncières à la bonne échelle (au niveau du schéma de cohérence territoriale, SCoT, ou du plan local d’urbanisme intercommunal, PLUi) ;
  • s’être assuré, selon une analyse multicritères, de l’absence de faisabilité du projet en espace déjà anthropisé ;
  • et sous réserve du faible impact environnemental et paysager du projet et en analysant le plus faible impact par comparaison avec des sites alternatifs.

Ces conditions tombent sous le sens. Mais lorsqu’on constate que les terres agricoles sont désormais convoitées par les industriels du photovoltaïque qui se sont lancés dans « l’agrivoltaïsme », il y a tout de même matière à s’inquiéter.  Par ailleurs, la validation des projets qui sont récemment sortis de terre ou sont imminents montre à quel point ces critères vertueux sont contournables.

Dans cette perspective, le schéma de raccordement des énergies renouvelables prévoit de renforcer la distribution en créant des postes sources ou en augmentant la puissance de ceux qui existent déjà.

Les ambitions de la région (SRADDET) et les projets de RTE (S3REnR) sont évidemment indissociables. Le SRADDET ne peut aboutir si le réseau n’augmente pas en capacité. Et si S3REnR atteint ses objectifs, il faudra bien rentabiliser les travaux : cela constituera un appel d’air qui incitera les arbitres institutionnels à baisser encore plus la garde au moment de vérifier les conditions à remplir pour chaque projet.

Les EnR en question

Ce qui suit constitue notre synthèse sommaire des enjeux EnR, technologies a priori opportunes pour nous aider à combattre notre fragilité énergétique et les dérèglements climatiques, mais qui, quand on y regarde de près, posent de nombreux problèmes. Ce texte peut apparaître tel quel dans différentes publications d’Amilure.

A priori, faire de l’électricité à partir du soleil ou du vent, plutôt que du pétrole ou de l’uranium, semble une bonne idée : nous en avons à revendre, et nous cherchons désespérément à endiguer le dérèglement climatique causé principalement par nos émissions de CO2. Les coûts en termes d’atteintes à la biodiversité, aux espèces protégées, à l’apport régulateur des forêts et à l’intégrité des paysages pourraient être acceptables, si c’était la contrepartie nécessaire au sauvetage de la planète. C’est ce que défendent tous ceux qui soutiennent ces projets industriels en pleine nature.

Malheureusement, il s’agit là d’une grossière erreur d’analyse.

Il est clair que les émissions de CO2 en France sont le fait du chauffage (principalement à base de pétrole) et des transports (quasi uniquement à base de pétrole). Par ailleurs notre électricité dépend largement de l’énergie nucléaire, très sobre en CO2. Donc, même si l’on couvrait la moitié de la France de panneaux photovoltaïques entrelardés çà et là d’éoliennes, notre bilan carbone resterait pratiquement identique – ou pire si l’on prend en compte la fabrication des composants de ces centrales. À l’heure actuelle, la seule manière d’agir efficacement sur cet enjeu est de réduire notre consommation, par des mesures passives (isolation) et actives (sobriété à tous égards).

Par ailleurs, pour encourager les industriels à lancer ces projets, l’État garantit leurs revenus dans une mesure disproportionnée. Ces opérateurs ne font pas leurs marges sur le soleil et le vent mais sur les contribuables. Une centrale éolienne qui ne tourne pas, faute de vent par exemple, est financièrement compensée par l’État. Au niveau national, cela se compte en milliards d’euros chaque année (voir à ce sujet le rapport de la cour des comptes de 2018, page 50 et suivantes).

Il est normal que des petites communes qui peinent à boucler leur budget, s’intéressent à ces revenus providentiels. Ce qui ne l’est pas, c’est qu’elles doivent choisir entre le patrimoine naturel et la manne financière de l’État – au nom de l’écologie ! Il faudrait donc que les retombées de ces opérations soient partagées, à l’échelle du département, par exemple, ou des intercommunalités. Cela permettrait aussi de faire intervenir des compétences qualifiées dont la plupart des communes ne disposent pas, pour choisir les projets – encourager les vertueux et écarter les nuisibles.

Les EnR ne pourront pas remplacer les grandes sources d’énergie centralisée. Comme elles sont modulables, elles peuvent facilement être intégrées à des structures existantes, des lieux artificialisés (friches urbaines, parkings, toits de bâtiments importants…).

Elles peuvent donc être mises en œuvre près des maisons, dans une logique locale. C’est là qu’est l’avenir : dans la production individuelle ou collective d’électricité à l’échelle des particuliers ou des petites communautés. La politique commerciale d’Enedis rachetant l’électricité des petites installations beaucoup moins cher qu’elle ne la vend, dissuade aujourd’hui l’usager. Si ce n’était le cas, chacun (disposant au moins d’un toit) pourrait sans problème produire de l’électricité qui serait intégrée au réseau, d’où il pourrait en retour tirer sa consommation : en fin de période, celui qui a moins livré que l’autre, le particulier ou Enedis, règlerait la différence. Le réseau demanderait aussi à être optimisé pour permettre la consommation communautaire – on parle de « réseau intelligent » (smart grid) : si l’État subventionnait ce développement plutôt que les opérateurs privés, ce serait vite réglé. Le gain de productivité qui s’ensuivrait permettrait à Enedis d’atteindre l’équilibre dans une démarche beaucoup plus durable.

Conclusion

En conclusion, nous exprimons a contrario « du phénomène d’hypermétropie environnementale (ou biais d’optimisme spatial) selon lequel nous percevons les dégradations et les risques associés à notre environnement local comme étant moindres qu’à un niveau plus global », les plus grandes réserves sur les objectifs de la politique environnementale menée pour les transitions (écologique, énergétique, environnementale…) et nous contestons qu’il faille « convaincre les populations du bien-fondé des actions préconisées ».

Cela relèverait d’une volonté pédagogique dominante par un groupe d’experts.

Nous préférerons une démarche d’authentique concertation (incluant et laissant s’exprimer l’ensemble des parties concernées) propice à dégager le consensus indispensable aux changements de modes de vie.

Parc du Luberon : notre contribution à la nouvelle charte

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